HISTOIRE, MUTATIONS ET PERSPECTIVES

LA PLAINE SAINT-DENIS
AUX TEMPS DE L’ESPAGNE

AUX DÉBUTS DE LA PETITE ESPAGNE

Dès les années 1860,

le développement des industries lourdes attire les populations immigrées peu qualifiées vers le département de la Seine-Saint-Denis. Si les communautés d’origine sont diverses, il faut constater qu’entre les deux guerres, avec 12000 individus, les espagnols forment la communauté immigrée la plus importante, majoritairement originaires de la province d'Estrémadure. De tous les îlots du département, celui de Saint-Denis est le plus densément peuplé.

Hommes au travail rémunéré et femmes au foyer,

l’immigration espagnole est majoritairement familiale. Dès les années 1910, les espagnols s’installent durablement à Saint-Denis en créant ce qui deviendra « La Petite Espagne ». La première guerre mondiale accélère la croissance de la colonie espagnole de la Plaine.

Aux conditions de travail éprouvantes -

dans les usines les espagnols étaient souvent employés pour réaliser les métiers les plus difficiles – s’ajoute un cadre de vie quasiment sur les lieux de travail, à proximité des usines, dans des ruelles de terre et de boue, parsemées de baraques dépourvues d’eau courante comme du moindre confort, dans une « Petite Espagne » pleine d’odeurs industrielles pestilentielles.

François Asensi Député maire de Tremblaye en France
Extrait « La Petite Espagne » de Sophie Sensier

NAISSANCE DU PATRONAGE
DE SANTA TERESA DE JESÚS

« Moi tout seul, et sans que l’État Espagnol ne me donne pas même une seule peseta pour la construction de cette magnifique citadelle.»

Lettre de Gabriel Palmer au Président du Hogar de los Españoles, 17 mars 1930

Dans cette lettre de 1930, Gabriel Palmer Verdaguer, aumônier du roi Alphonse XIII revient sur la création du Patrimoine des Espagnols de la Plaine, dont l’idée lui vient vers 1900:

« La visite que je fis il y a trente ans, à l’hôpital de lariboisière, à un pauvre ouvrier espagnol, victime de la plus âpre douleur et de la plus affreuse disgrâce, fut le coup providentiel qui éveillât au fond de mon âme l’idée généreuse et caritative de fonder la grande œuvre religieuse et patriotique de paris, principalement pour mes bien aimés ouvriers compatriotes ».


Par Ordre Royal du 24 janvier 1913,

Gabriel Palmer Verdaguer, reçoit la mission « d’étudier les œuvres à caractère social et religieux » déjà existantes pour les Espagnols dans la capitale française, en vue d’apporter les réformes nécessaires pour « améliorer les conditions de vie de nos compatriotes ».

De cette mission résultera la création de la Mission Espagnole de la rue de la Pompe, dans le XVIe arrondissement de Paris, puis celle du Real Patronato Santa Teresa de Jesús à La Plaine.

Miguel Angel CHUECA 
Prête au « PATRONATO » jusqu’à la fermeture en 1979
Extrait de « La Petite Espagne » de Sophie Sensier

En janvier et mars 1922,

sont achetées trois parcelles au 10 rue de la Justice. Les permis de construire sont déposés dans la foulée.

Le projet initial sera modifié à plusieurs reprises au cours du temps.

José Gabriel GASO CUENCA 
Directeur de la FACEEF

LA SOCIÉTÉ CATHOLIQUE
DE SECOURS MUTUELS

«EL HOGAR DE LOS ESPAÑOLES»

Gabriel Palmer,

fait venir d’Espagne des frères clarétains, afin qu’ils assurent la gestion et administration de la « citadelle » de Saint-Denis.

Hommes, femmes et enfants vivent dans des conditions sanitaires et sociales très difficiles, c’est pourquoi, quelques années plus tard, en 1926, les clarétains soutiendront un groupe d’ouvriers espagnols dans la création du « HOGAR DE LOS ESPAÑOLES » société de secours mutuels, dans le but de souvenir aux besoins de la communauté.

Georgette ARELLANO ULLOA 
Extrait de « La Petite Espagne » de Sophie Sensier.

Administrativement,

le HOGAR voit le jour le 19 août 1926 suite à la déclaration en préfecture de police faite par le président Ángel de la Rua. Le HOGAR se constitue en société de secours mutuels (loi du 1er avril 1898), donc  en groupement à but non lucratif de personnes physiques, menant une action de prévoyance, de solidarité et d’entraide, dans le domaine social, consistant dans la réparation des conséquences des risques sociaux auxquels sont confrontés les membres du HOGAR et leurs proches.

Diaporama: lettres et documents

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L’article premier des statuts du HOGAR précise que

« Cette société aura pour objet de développer l’esprit d’économie et de prévoyance de l’avenir, le mutuel soutien des membres à toutes les heures de la vie, et selon les circonstances. »

José Gabriel GASO CUENCA Directeur de la FACEEF

Diaporama: lettres et documents.

LES ASPECTS JURIDIQUES

En 1926, l’Espagne subît la dictature de Miguel Primo de Rivera (1923-1930), alors qu’en France la IIIe république voit l’avènement du gouvernement de Raymond Poincaré.

En Espagne il n’y a pas de séparation de l’église et de l’État alors qu’en France, celle-ci a été instaurée en 1905.

Cette situation interdit à l’église espagnole de devenir propriétaire des terrains et des bâtiments de Saint-Denis, qui seront donc enregistrés au nom de l’ambassade d‘Espagne, alors que l’État espagnol n’a pas participé à leur financement.

Diaporama: documents

Du social, de l’accès aux droits, du sport, du récréatif et du culturel.

Les activités du HOGAR ne se limitent pas aux aspects mutualistes. Il intervient dans tous les champs d’action qui concerne la communauté. En mars 1935, par exemple, le HOGAR intervient auprès de l’Ambassadeur d’Espagne en France en faveur de jeunes Espagnols auxquels la Préfecture refuse la Carte de Travail.

Le sport et les jeux tenaient également une place parmi les activités du HOGAR qui créa, en 1928, le Real Deportivo Español de Paris, Société Sportive Athlétique affiliée à la Fédération Française de Football Amateur.

Le HOGAR inspire, par ailleurs, des communautés espagnoles en-dehors de la Plaine, et en 1939 voit le jour au Havre une SOCIETE DE SECOURS MUTUELS qui se place sous sa protection.

Diaporama: lettres et documents

Le FINANCEMENT DU HOGAR

Les cotisations des membres, les donations des « membres protecteurs » et les legs devaient permettre le financement du Hogar de los Españoles.

Beaucoup de familles riches et d’institutions privées faisaient partie des financeurs. En 1929, par exemple, la banque « Banco Español del RIO DE LA PLATA »,  membre protecteur, a versé une cotisation de 120 francs.

Le HOGAR ne semblait pas bénéficier de subventions publiques.

Diaporama: lettres et documents

LE TOURNANT DES ANNÉES 1970 / 1980

Au cours des années 1970 et 1980,

la population d’origine espagnole quitte le quartier, laissant la place à des migrants venus d’autres horizons – algériens, portugais puis cap verdiens, sri lankais, maliens, etc. les petits commerces tenus par des espagnols ferment.

La chapelle du Patronato fermera aussi à la fin des années 1970. Le Hogar, reste seul occupant des lieux et, avec ses faibles moyens, seul à entretenir le patrimoine.

Le Patronage Espagnol de La Plaine Saint-Denis,
Diaporama: lettres et documents

Le 6 mai 1987,

le Consulat Général d’Espagne s’adresse au HOGAR lui demandant de quitter les lieux étant donné que leur vente a été décidée par l’État espagnol, le HOGAR et les Fédérations FAEEF ET APFEEF se mobilisent contre cette vente et proposent à l’État espagnol de leur céder le patronage pour développer un ambitieux projet culturel. La mairie de Saint-Denis est également sollicitée.

Le Patronage Espagnol de La Plaine Saint-Denis,
Géopolis. 20/11/1993

LES ANNÉES 1990

Le début des années 1990

est marqué par des diverses tentatives du consulat d’effectuer la vente. La mairie de Saint-Denis, pour sa part, propose différents projets d’ordre immobilier notamment.

À partir de 1995, la manne financière apportée par la construction du stade de France entraîne la destruction des friches industrielles et de la plupart des « courras », remplacées par un parc social et privé constitué de petits immeubles.

Diaporama: lettres et documents

La Plaine regagne de l´intérêt



et le foncier devient plus intéressant pour les investisseurs. Mais les associations maintiennent fermement leur volonté de conserver le patrimoine comme témoignage de l’histoire de l’immigration espagnole.

La Plaine regagne de l’intérêt
Président de la FACEEF

 

LES ANNÉES 2000

En février 2000,

la SEM, envisage de construire un établissement scolaire en lieu et place du Patronato.
L’intervention des fédérations auprès du nouvel ambassadeur arrêtera ce projet…

… commence alors la définition d’un nouveau projet qui tiendra compte des besoins liés au vieillissement de la communauté espagnole.

«CRISTINO GARCIA»
POUR PERSONNES AGEES
LE CENTRE SOCIAL

La persévérance

des fédérations d’associations d’émigrés espagnols en France, a fini par convaincre le nouvel Ambassadeur d’Espagne, Javier Elorza, mais aussi le Directeur des Migrations, Antonio Maceda, du bien fondé de notre revendication. L’État a donc renoncé à la vente du Patrimoine et a accepté de financer la construction d’un Centre Social pour personnes âgées. Pour mener cette opération les 4 principales fédérations se sont regroupées au sein de la Maison d’Espagne de la Région Parisienne.

Antonio ALIAGA 
Président de la FACEEF

E. Zaplana, 
Ministre du travail, pose de la première
pierre du centre social. Septembre 2003

J. Caldera, 
ministre espagnol des Affaires Sociales, et Nely Ollin ministre française des affaires sociales, inaugurent le centre. Mars 2005

LES ANNÉES 2013 / 2014

ET CITOYEN PARTAGÉ

AU SERVICE D’UN PROJET CULTUREL

LE PATRONAGE ESPAGNOL 

La rénovation urbaine

à l’œuvre transforme la géographie et l’aspect du quartier sans pour autant le doter d’un cœur de ville.

Les populations se trouvent donc désorientées et n’arrivent pas à s’approprier cet espace en pleine mutation qui ne témoigne pas de l’Histoire identitaire du territoire.

Notre propos est de redonner vie à ce lieu dans une perspective d’ouverture culturelle et sociale afin que le Patronato puisse à nouveau jouer un rôle fédérateur de lien social et devienne un lieu d’expression et de création artistique.

L'État espagnol

partage aujourd’hui cette ambition. Conscient de la forte demande de la communauté espagnole mais aussi de la capacité du mouvement associatif à piloter un ambitieux projet, l’État vient de signer, en novembre 2013, un contrat de cession de l’ancien théâtre a la Maison d’Espagne de la Région Parisienne.

Les collectivités locales, semblent, elles aussi, décidées à soutenir et accompagner ce beau projet.

Le projet de rénovation

architectural se donne pour objectif de faire émerger, dans le quartier Landy - Cristino García, un lieu culturel qui disposerait d’un rayonnement sur l’ensemble du département de Seine-Saint-Denis.

La Maison d’Espagne de la Région Parisienne souhaite partager ce projet avec l’ensemble des partenaires publics et privés qui interviennent sur ce territoire et au premier chef desquels les associations artistiques et culturelles.

Diaporama: Premiers ébauches de Pepe AGOST pour la réhabilitation du théâtre

Remercîments

Maison d’Espagne de la Région Parisienne

Réseau Mémoires Histoires en Ile-de-France

Conseil Régional de l’Ile-de-France

Et à toutes les personnes qui ont rendu possible l’existence et la conservation de ce Patrimoine, et à celles qui travaillent à sa réhabilitation dans un esprit d’ouverture et de partage.

Sources:

www.memorias.faceef.fr

“La Petite Espagne”. Sophie Sensier et Natacha Lillo.

Fonds documentaires de la FACEEF

Géopolis

Les Jardins Numériques. Aexpmil.com


Avec la collaboration de

Lola Baldo / Chargée de recherches

Celia Almuedo Cabezas / Chargée de projets audiovisuels

Nelson Salcedo Sierra / Designer et webmaster

Alejandro Orozco / Chargé de

Vanessa Morillo / Chargée de projets audiovisuels

Une exposition réalisée par

José Gabriel Gasó Cuenca

Directeur de la FACEEF

Une exposition réalisée par la
FACEEF
Avec le soutien du Conseil Régional de l’Île de France et le Réseau Histoire Mémoire de l’Île de France